Non! la politique n’est pas que l’affaire des minables

Créer: 10/27/2017 - 10:33

Si l’habit ne fait pas le moine, la bassesse ne fait pas le politique.

Plus d’un demi siècle d'errance, de tâtonnements, de détournements et surtout plus d’un demi-siècle d’impunité ! Tout y passe, tous les vices humains imaginables (Trahisons, mensonges, vols, assassinats …. ). La crise des valeurs, les scandales politico-financiers, les projets de développement qui portent très peu leurs fruits, les conséquences d'une globalisation qui favorise la domination implacable de l'occident, meublent notre quotidien. Le Goorgorlu Sénégalais en est arrivé à la conclusion simple que la politique n’est en réalité qu’une usine complexe de fabrique de corrompus.

A travers ces lignes nous ne cherchons pas à essayer de prouver qu’il y aurait quelques exceptions de vertu dans cette classe politique d'aujourd'hui. Bien au contraire, il s’agit là de dire qu’il est temps, chers tous, de récupérer le débat  politique trop longtemps abandonné aux balivernes d’une oligarchie qui a fini de nous montrer son mépris. La réflexion politique s’est complètement vidée de son essence pour faire place à un culte immonde de la personne et aux nombreuses âneries des “faiseurs de buzz” imposés par les médias; tout cela devant notre remarquable passiveté.  Cela doit changer.

Face aux défis présents de nos pays, Il est délirant, voir utopique et irresponsable, de continuer à espérer qu’un messie et son gouvernement vienne réaliser le Sénégal de nos ambitions. Dans un contexte de néolibéralisme généralisé, l’élite au pouvoir se contente d’un “laisser-faire” lourd de conséquences dans nos économies et reste incapable de répondre aux besoins primaires du peuple: éducation, santé, travail et sécurité. Cet état de fait exige plus que  l'expression de notre mécontentement : il faut agir !

“Le triomphe éclatant du système de domination et d’exploitation ne commande pas la capitulation ni une quelconque perte de foi. Il appelle au contraire l’organisation d’un puissant contre-pouvoir, animé par les consciences nouvelles mobilisées dans un ordre de bataille nouveau.”1

Agir, et ne pas se laisser gagner par le pessimisme ambiant; agir et convaincre autour de nous qu’à condition de s’engager on peut reprendre  de l’influence sur la vie. Agir ne veut pas dire rejoindre un parti politique. Il existe bien de nombreux autres formes d'engagement politique plus sains et plus efficaces que de rejoindre la cohorte partisante des partis qui, d'ailleurs, le disent eux-même, n’ont comme seul objectif “La conquête et la conservation du pouvoir”. S’engager c’est militer, c’est travailler pour une cause commune avec éthique, détermination et responsabilité.

Dans cet élan nouveau de citoyenneté, l’intelligentsia Sénégalais doit se remettre en cause en premier et bannir l’idée simpliste que tout n’est que question de mentalités. Certes, mais dans le combat initial de substitution des mentalités au moyen d'un arsenal moral et une conscience politique bien fondée, si l’intellectuel n’est pas au premier rang; qui le sera ?

Il y a, quelque part, un certain nombre de citoyens qui veulent s’engager, qui veulent se politiser. Mais quand on en arrive à la question du “Que faire?” ou encore “Comment le faire?” , le bât blesse.  La politisation des masses requiert une offre idéologique éclairée ainsi qu’un leadership puissant et populaire; et sur ces plans là précisément, c’est le grand vide !

La décennie des indépendances regorgeait de fervents hommes politiques de conviction, de penseurs engagés à l’image du Professeur AbdoulayeLY , de l'illustre Cheikh Anta Diop, Valdiodio Ndiaye, Oumar Blodin DIOP  Djim Momar Gueye, Ibrahima DIAW, L. Senghor, Mamadou Dia .... De nos jours, cette génération a  laissé place à une toute autre, imbue de fausses valeurs, polémistes et petits penseurs totalement intégrés à la société du spectacle  avide de clashs et dont le simple discours est qu’il faut “libérer le maire de la capitale” . Nous leur avons laissé trop d’espace. Et à côté, nous constatons aussi le silence sidéral du monde universitaire et une décadence totale du pouvoir des intellectuels dans la société, notamment sur les grandes questions politiques. Il leur incombe toujours le devoir de politiser les masses, et pour cela, doivent imposer de vrais débats utiles.

Pour Frantz Fanon:

« Politiser les masses, ce n'est pas, ce ne peut pas être faire un discours politique. C'est s'acharner avec rage à faire comprendre aux masses que tout dépend d'elles, que si nous stagnons c’est de leur faute et que si nous avançons c'est aussi de leur faute, qu'il n'y a pas de démiurge, qu'il n'y a pas d'homme illustre responsable de tout, mais que le démiurge c'est le peuple et que les mains magiciennes ne sont en définitive que celles du peuple ».

               

Seule la prise en charge de ces tâches, pourra concourir à produire des changements dans la société qui nous entoure.Il faut en assumer la charge.

 

 

 

 

 

 

 

 

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1. Feu Professeur Abdoulaye LY

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L'auteur de l'article

Mouhamed Bachir THIAM
Bachir est un consultant international en ingénierie logicielle. Il capitalise également des années d'expérience dans l'entrepreneuriat, la conception et l'implémentation d'initiatives citoyennes telle que Jappositive, centre de capacitation et d'incubation ouvert à Saint Louis.