L’émergence économique du Sénégal : Les raisons de mon pessimisme !

Créer: 04/24/2017 - 15:41

Notre pays, le Sénégal, vient de fêter son 57ème anniversaire d’indépendance. C’est un événement symbolique, car à même à l’échelle d’un individu l’approche de soixantaine marque un tournant important : l’heure du bilan. Loin de moi, l’idée de procéder un jugement moral à l’égard de des « premiers » sénégalais ni de convoquer nos dirigeants qui ont été aux responsabilités au tribunal de l’histoire avec l’accusation  « Vous n’avez rien fait ! », mais il me parait primordial de faire une rétrospective car « ce qui ne peut être mesuré, ne peut être amélioré ».

Dans la suite de ma contribution, je vais dérouler les raisons qui, selon moi, empêchent le Sénégal de prendre son envol économique et social tant convoité.

La déconstruction de notre système de valeurs

 Je considère que les « premiers » sénégalais ont réalisé plus de chose que nos contemporains. En effet,  ils ont  su bâtir une structure sociale solide basée sur le respect d’autrui, l’honnêteté, l’amour de la patrie, l’entraide,  l’engagement infaillible en vers sa communauté. Ils ont construit un système de valeurs qui est une phase préalable à tout développement et une condition qui se vérifie dans beaucoup de pays développés.

La colonisation au-delà de sa mission « civilisatrice » douteuse et odieuse a contribué à déconstruire ce système de valeurs en nous faisant croire que notre culture est inférieure et nous avons tout a gagné en intégrant « l’ère de la modernité ». Et cette déconstruction des valeurs s’est poursuivie après l’indépendance et s’est plus ou moins accentuée selon les différents régimes politiques. Les qualités de « diom » , de « soutoura » et de « ngor » ont été sacrifiées , surtout par nos dirigeants censés être exemplaires , sur l’autel de l’argent facile, la malhonnêteté, le mensonge , et la corruption généralisée.

Ce facteur « valeurs » explique à lui tout seul bien d’éléments liés au retard économique et social que connait le pays. Il constitue à mes yeux un gros rocher sous « le bateau » Sénégal, l’empêchant d’avancer pour atteindre son cap et si rien n’est fait, il va dériver vers une destination périlleuse et douloureuse pour nous tous.

Une désorganisation totale ou « l’indiscipline » généralisée

Cela peut paraitre paradoxal pour certains, mais  le premier constant  qui me saute aux yeux au Sénégal : c’est la désorganisation croissante et généralisée à tous les étages .Ce constat est visible partout et chaque jour. C’est que j’appelle la théorie de « l’ordre du chaos ». En effet, aucune règle n’est respectée si tentée qu’elle existe. Pour illustrer ceci, les exemples ne manquent pas, j’en donne quelques-uns : le désordre qui règne à l’aéroport, le non-respect du code de la route (j’en ai fait les frais cet été à Dakar) et l’occupation anarchique et systématique de la voie publique. « Rome ne s’est pas bâti en un jour », et j’ajoute aussi qu’il ne s’est pas non plus bâti dans un désordre général.

Un état d’esprit déficient

Une seule phrase suffit pour résumer ce fait : «mbédd mi béndoum bourla » . Ce principe qui veut que l’on se déresponsabilise totalement, d’abord en tant qu’être humain, et ensuite comme citoyen, se manifeste à travers des attitudes contraires au bon sens et au bon fonctionnement de la vie en communauté. Il n’existe pas un état sans citoyen .En effet,  l’état émane de la volonté de vivre en communauté exprimée par les citoyens, mais il est surtout la structure qui synthétise et promeut les attitudes à développer pour le mieux vivre de chacun. En tant que citoyen, nous portons donc en nous un peu de « l’autorité » et « d’exemplarité » de l’Etat, et nous avons l’obligation d’agir selon ces principes.

Un leadership peu ambitieux voire inexistant

Un pays qui n’a pas de vision, qui manque d’ambitions n’a aucun moyen de faire « espérer » ses habitants ni de « retenir » sa jeunesse . Créer une vision, un rêve, un modèle de société cohérent est une nécessité absolue pour tout pays aspirant à aller de l’avant.

Quel Sénégal voulons-nous avoir dans les 10-15 ans ? Quel Sénégal voulons-nous léguer à nos enfants ? Quel modèle de société voulons-nous bâtir ? Quel type de Sénégalais, de citoyen voulons-nous incarner ? Les réponses à ces questions guideront nos choix de modèle économique et social.

Il est de la responsabilité du gouvernement de définir un plan stratégique global incluant : l’éducation , la santé , l’économie (agriculture , industrie ,politique monétaire ) , la gestion des ressources stratégiques (eau , pétrole , or ) , la justice et une politique environnementale cohérente .

L’élaboration d’un plan global et consensuel, élaboré par le gouvernement , discuté et approuvé par l’ensemble des forces vives de la Nation , est le seul gage  de garantir l’efficacité et la continuité des actions en cas d’alternance politique. Le PSE (Plan Sénégal Emergent) s’inscrit dans ce cadre, mais  il reste à être traduit en actions concrètes en adéquation avec les attentes des citoyens sénégalais et le défis de la mondialisation.

Une absence de politique industrielle intégrée

Copier est parfois un moyen d’aller très vite, voire trop vite parfois. Mais copier mécaniquement pour ne pas dire bêtement est aussi nier la complexité afférente à chaque société et à chaque pays. Il est criant de constater l’absence de politique industrielle intégrée. Aucune politique ambitieuse visant à mettre en place un tissu industriel capable d’assurer la transformation des matières premières sur le sol Sénégal n’est menée. L’état se satisfait des recettes fiscales , une politique qui traduit une manque d’ambitions et de vision à long terme .Aucun pays ne s’est développé en exportant des produits à très faible valeur ajoutée et en augmentant sans cesses ses  importations plutôt que de créer et de dynamiser son industrie.

Tous ces éléments cités plus haut  ne cessent de réduire de jour en jour mon optimisme, accroissant de fait mon pessimisme à l’égard du devenir de notre Nation . Albert Einstein ne disait-il pas que « La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent ».Il serait honnête de reconnaitre que ceux que nos dirigeants ont fait depuis notre accession à la souveraineté nationale est insuffisant par rapport au potentiel et aux ressources (notamment humaines) dont disposent notre pays. Ce constat terrible nous cerne tous et appelle donc un changement profond de façon de penser : notre état d’esprit ; de façon d’être : nos attitudes ; et de façon d’agir : nos actions.

L’implication de tout un chacun dans la volonté de promouvoir et de « se battre » pour une rupture véritable et une refonte totale de notre modèle de société et notre système de valeurs est un devoir qui doit animer chaque sénégalais où qu’il se trouve car « un peuple qui élit des corrompus, des renégats, des imposteurs, des voleurs et des traîtres n’est pas victime ! Il est complice. » disait Georges Orwell.

Commentaires

Soumis par mouhdiaz (non vérifié) le

akassa serigne molotov mbind mi amna solo lole
sakh deug tigui

Soumis par mouhdiaz (non vérifié) le

akassa serigne molotov mbind mi amna solo lole
sakh deug tigui

Soumis par Mame Magatte Faye (non vérifié) le

Félicitations pour ce brillant article. C'est clair et concis!

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L'auteur de l'article

Molotov Ruskov
Je suis consultant en amélioration de la performance industrielle avec des expériences dans l'automobile, le secteur pharmaceutique et l'aéronautique